Le chantier poétique de Stephan Goldrajch

Par Zahava seewald, conservatrice MJB

Projet artistique proposé par Stephan Goldrajch (artiste plasticien); Myriam Rispens (photographe) et Zahava Seewald (commissaire)

Introduction

Après avoir fermé ses portes au public en septembre 2015, le Musée Juif de Belgique a souhaité donner sens au processus de transformation qu’il subira avant sa réouverture. Le bâtiment qui se trouve en front de rue sera détruit pour faire place à un nouveau musée mieux adapté aux besoins muséaux. Avant cela, l’équipe fera face à tous les défis d’un déménagement d’un musée et ses collections. Il a fait appel à un jeune artiste plasticien vivant à Bruxelles, Stephan Goldrajch, qui manie plusieurs disciplines artistiques (dessin, crochet, tissage, broderie, couture … ) et dont la démarche repose sur l’impératif du lien. Stephan s’est associé pour ce projet à la photographe Myriam Rispens.

Stephan Goldrajch

Formé à l’Académie des Beaux-Arts et diplômé de La Cambre à Bruxelles et de Bezalel à Jérusalem en option sculpture, Stephan Goldrajch a exposé son travail dans divers lieux en Belgique et à l’étranger tels que le Musée de Haïfa à Tel Aviv, le Musée d’Ixelles et The Invisible Dog à New York. Souvent il s’inscrit dans des projets qui s’étalent dans le temps et dont l’évolution est laissée au hasard des interactions qui ont lieu avec l’institution ou l’organisation. Il vit la rencontre avec celles-ci comme l’inscription dans une famille. Il réalise des masques, de la broderie, des installations, des dessins. Les objets qu’il crée dans ces différents projets se personnifient et donnent lieu à des performances, des rencontres, des transformations. Il aime faire vivre ses masques, costumes, créatures monstrueuses diverses avant de les exposer dans un espace muséal ou dans une galerie. Le textile lui parle car il est léger et permet d’être transporté, transformé, d’être en devenir. La dimension humoristique est aussi très présente dans ses créations. Elle permet de donner une certaine légèreté à de sujets graves et lourds de sens tels que le bouc émissaire, la vieillesse et la mort, les histoires dramatiques de la Bible…

« Je me sens dans la peau d’un brodeur et d’un artisan dont la démarche et l’ambition sont celles de créer du lien, de générer des relations. Je me sens l’héritier d’arts, de pratiques populaires et ancestrales que je métamorphose, réinterprète et m’approprie de manière contemporaine. (…) J’aime le fait que ce que je crée puisse contenir une polysémie infinie de significations. »

Myriam Rispens

De nationalité néerlandaise, Ensor-ienne dans l’âme, Myriam Rispens photographie depuis des années des mondes étranges, vides, peuplés de créatures improbables, ou de coutumes en voie de disparition.

Elle a eu des expositions personnelles dans les galeries Ouvertures et Nadar, et a entre autres participé aux expositions collectives Fragments ‘(Médiatine) et Horizons (Maison Folie Hospice d’Havré). Elle a eu un des prix Bruxelles j’e t’aime.

Son chemin a croisé l’univers de Stephan Goldrajch en 2012 et depuis ils travaillent souvent ensemble notamment sur le projet Bouc Emissaire ainsi que sur le projet Broderie Participative.

Cette collaboration s’inscrit dans sa curiosité pour tout ce qui touche à l’universelle en travaillant sur des thèmes qui dépassent une culture spécifique et qui connaît de nombreux échos dans d’autres civilisations. Leurs univers s’imbriquent de façon très naturelle – Stephan apporte son oeil de plasticien sur son travail et elle apporte l’oeil de photographe sur le sien. Les deux aiment le concept de  « tout est possible » en étant dans le partage,  le respect, le recul, le demi-mot et l’humour.

Sa prochaine exposition « Les Clémentines » est programmée en novembre 2016 à Tourcoing et a trait à la disparition.

Un chantier poétique

L’artiste initie le processus d’élaboration d’un « chantier poétique » qui fait entrer en résonance des histoires fondatrices de la Bible et la transformation du bâtiment. Un concept original qui consiste à suivre la démolition et la reconstruction du musée à travers un langage multidisciplinaire, poétique et artistique. Le projet s’étale sur trois ans et se passe dans le bâtiment avant du musée à différents endroits Goldrajch invite tous les trois mois des acteurs et des danseurs à réfléchir avec lui d’un point de vue philosophique et contemporain à une histoire biblique qui sera mise en scène dans le chantier. Cette performance crée, par le biais de visuels (photographie ou vidéo), un lien entre l’intérieur et l’extérieur, entre la Destruction et la Construction. Ce dialogue avec les histoires biblique permet aussi à l’artiste d’être en relation avec son bagage culturel juif et de se positionner dans une création où il fait le lien entre sa créativité et ses racines.